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Jean-Michel Phéline : "1968 est une intolérance
face aux intolérances"
De l’extrême-gauche
sixties à l’administration française dans
le monde, Jean-Michel Phéline, 61 ans, patron de la forteresse
de Salses, a épousé ses époques. L'histoire
a-t-elle contraint les enfants de 68 aux rôles de caméléons
?
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Jean-Michel Phéline,
1968 dans la rétroviseur |
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es barricades parisiennes ne
résument pas 1968 car le monde fut agité de soubresauts...
Mais la France se souvient de slogans, passés du politique
au publicitaire : le "Jouissons sans entraves"
est devenu "Consommons sans entraves" et le
"Cours vite camarade, le vieux monde est derrière
toi" a muté en "Cours vite, client,
les soldes sont devant toi !". Si les révolutions
réussies sont immanquablement dévoyées, que
deviennent les mortes-nées, comme 68 ? Nicolas Sarkozy
ne souhaite en retenir que le chaos, qui, comme une nuée
de papillons, perpétuerait une décadence permanente
empêchant l’insertion de l’hexagone dans la
mondialisation. Jean-Michel Phéline, directeur de la forteresse
de Salses, entre Catalogne et Languedoc, a été compagnon
de route des situationnistes, dans les années 1960, puis
Trotskiste au début des seventies, sa carrière à
toujours été sous-tendue par un idéal et
une implication profonde dans les arts. Comédien, rattaché
au ministère de la Culture, directeur des instituts français
de Cologne et de Bandung, consul de France en Indonésie,
il pose son regard vétéran sur Mai 68, entre espoirs
et héritage. "Il ne reste plus rien des idées
véhiculées à l’époque"
est son constat premier sur les utopies et les engagements d’alors.
La Clau : Si les combats
de 1968 sont évaporés, où se situe la révolte
de 2008 ?
Jean-Michel Phéline : « Aujourd’hui on se bat
contre la couche d’ozone, contre la marche inéluctable
à la destruction massive des acquis sociaux. On se bat
sur des terrains techniques pour essayer de ralentir, ce qu’on
ne nomme même plus le capitalisme, mais le libéralisme.
Sous-entendu, ce système n’est plus contesté,
ni contestable, au nom du « pragmatisme » qui est
devenu le masque pour « le bon sens des salauds ».
On récuse donc le libéralisme, qui ne serait que
le cholestérol du capitalisme, que l’on n’a
plus besoin de revendiquer ni de combattre. Désormais,
les combats ne sont ni de droite ni de gauche, à l’image
de l’unanimisme autour du thème de l’environnement.
Ce sont avant tout des combats pour la survie. L’exemple
parfait est fourni par les revendications des ouvriers et des
salariés, qui concernaient auparavant les hausses de salaires
: elles concernent désormais la perte de l’emploi.
Mais le social est comme le militaire : on perd toujours plus
en défense qu’en attaque !".
La Clau : La presse
évoque souvent les "acquis de 1968"… Vous
y croyez ?
"Je ne sais pas ce que c’est, en tout cas pas au niveau
de la vie politique, qui est aujourd’hui un combat technique
sur la manière de gérer la société
de marché, avec plus ou moins d’indulgence pour les
catégories sociales défavorisées… La
notion de classes a été perdue ! Il y a certainement,
du point de vue individuel, ou de certains réseaux sociaux,
un échange d’ambitions intellectuelles et artistiques.
Il y a des gens qui vivent toujours dans des fidélités
à des idéaux de cette époque, des exigences
morales, du rapport à l’autre. L’intolérance
face aux intolérances constituantes des inégalités
a guidé pas mal de gens en 68, avec l’illusion de
la possibilité d’émergence révolutionnaire
dans la société".
La Clau : 1968
est donc le début de l’impuissance politique ?
"Des gens issus du mouvement étudiant ou ouvrier se
sont construits ailleurs qu’en politique, dans des engagements
culturels, dans leur vie professionnelle, par leur engagement
citoyen. S’il y a des restes de 68, ils sont dans une vision
du monde, dans une volonté de continuer à vivre
avec une exigence culturel et une morale, et j’emploie ce
mot avec l’idée qu’on la tellement galvaudé
qu’il n’est plus que la caricature du moralisme. Je
ne crois pas qu’il reste une quelconque fidélité
des organisations politiques dans leurs engagements d’alors.
Ils ne sont plus qu’un système de partage du pouvoir
poussant un coup à droite, un coup à gauche, pour
simuler l’alternance démocratique…".
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Nicolas Caudeville
| 19.04.08 |
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