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Mai 68, l'origine du mal
Le 29 avril 2007, le candidat
Sarkozy veut "liquider" l'héritage d’un
mai 68 à l’origine des maux français. Le 8
février 2008, Daniel Cohn-Bendit, acteur de 68, voit en
Sarkozy un relais soixante-huitard du "jouir sans entraves"…
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| Perpignan
- Place Arago, 13 mai 1968
© Fonds Ribière |
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es centaines de
livres paraissent sur mai 68 : chacun sa vérité.
Pour son principal détracteur, mai 68 est notamment responsable
du dénigrement de l'identité nationale français,
du communautarisme, de la faillite de l'école, du cynisme
des capitalistes et même des parachutes dorés ! Propos
de campagne ? Certes, mais il y a anguille sous roche, ou plutôt
sous les pavés, car dénoncer une origine c'est implicitement
rêver d'un état antérieur, d'un paradis perdu
et donc d'une certaine restauration, d'un recyclage au présent
d'un passé révolu et regretté. Cependant,
tout le monde s'accorde pour voir dans Mai 68 une révolution
antiautoritaire qui aurait plus ou moins bien réussi. On
en connaît les acquis et point n'est besoin de les étaler
une fois de plus. Mais pourquoi tant de haine ? Pourquoi en appeler
à une liquidation en négation de toute nécessité
historique ? Pourquoi feindre de croire qu'un tel bouleversement
sociétal pourrait ne pas avoir de causes profondes et le
réduire à une parenthèse ludique sans causes
objectives ?
Mai 68 ou la fin de la société
disciplinaire
Les institutions qui explosent
en mai 68 concourent toutes au maintien des comportements et des
pensées disciplinaires. Ce sont des étudiants et
étudiantes majeurs qui ne peuvent se rendre visite dans
leurs cités, des professeures qui doivent demander à
leur principal l'autorisation de porter des pantalons dans leur
collège, des milliers de drames consécutifs à
des avortements illégaux et des "faiseuses d'anges"
emprisonnées, des homosexuels livrés à l'opprobre
publique, des patrons de droit divins et des mandarins omnipotents.
C'est aussi et surtout "le flic dans la tête"
qui prescrit les bonnes pensées génératrices
d'un conformisme désespérant et garant d'une bien-pensance
généralisée à l'abri de laquelle les
pouvoirs installés peuvent se reproduire à l'infini.
Au plan personnel chacun est enfermé dans une cuirasse
caractérielle, une armure qui se fend en quelques jours;
Un voile se déchire ; nombreux sont ceux qui ne peuvent
supporter la pleine lumière. Ils se cachent ; ils se terrent.
Ils ressortiront en juin 68 de leurs bunkers disciplinaires. Aujourd'hui
les enfants qu'ils ont conçu dans le ressentiment veulent
prendre leur revanche… et liquider l'origine du mal.
Mais qu'y a-t-il donc dans cet héritage
qui fait si peur ?
L'individualisme démocratique
est le principal rejeton de Mai 68. Chacun a l'illusion de devenir
le législateur de sa propre vie. Cependant ces libertés
conquises pour tous profitent au premier chef à ceux qui
sont déjà pourvus. La consigne généralisée
de "jouir sans entraves" conduit bien des acteurs, et
non des moindres, du partage du calendos/gros rouge avec les ouvriers
en grève au partage caviar/vodka avec les patrons gavés
de stock-options. Le néo-libéralisme s'étale
et la restauration néoconservatrice est en marche. Au programme
la pensée unique pour laquelle la redistribution sous forme
de prestations financières ou de services offerts au public
est une charge insupportable, et le renforcement de l'illusion
sociétale du libre arbitre au moyen de la manipulation
des besoins par la publicité. Quand les poulaillers sont
ouverts, les renards prospèrent… En point d'orgue
on confie le pouvoir à un bac B au repêchage, présentoir
de Rolex et amateur de top model. Sa mission ? Liquider ce qui
dans l'héritage résiste encore à la violence
symbolique exercée principalement par le formatage médiatique.
Désormais, il faut qu'il n'y ait plus que des winners ou
des loosers, les nouveaux noms des riches et des pauvres. L'ennemi,
c'est le social car c'est de lui que nous vient tout le mal…
Mais il y a dans l'héritage une part irréductible,
inaliénable, une prescription impérative qui enjoint
de liquider les liquidateurs…
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Robert Marty |
19.04.08 |
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