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Quand les acteurs de 68 refusent de vieillir…
Les effets directs de Mai
68 ont duré en France jusqu'en 1983, mais le poids social
de la génération 68, resté intact, devient
un fléau pour les générations suivantes,
nées sur une planète ouverte. La disparition des
acteurs de 68 brisera les interdits ?
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Détournement
d'affiche de 1968 © La Clau |
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n 2008,
les Américains ont leurs "faucons" finissants,
les Français ont leurs "buses". Les ex-maoïstes
et ex-trotskystes occupent l'espace intellectuel, politique et
médiatique français : l'écroulement de la
gauche et du journal Libération pourrait entretenir l'illusion
de la fin de leur règne, alors qu'ils sont nombreux à
s'être reconvertis à la droite et au Figaro : leur
sigle pourrait être "Je suis partout". Le maire
de Perpignan, Jean-Paul Alduy, UMP, ne fut-il pas membre de l'OCI
(organisation communiste internationale - trotskyste) ? Leurs
pères étaient gaullistes ou communistes, eux étaient
libertaires. Et leurs enfants, de 30 à 40 ans, sont des
mirages, ou au mieux sont situés en marge des cercles d’élite
et intellectuels, condamnés à admirer l'oeuvre avortée
de leurs pères : c’est l'invention, historique, du
hold-up générationnel. Pire, comme le dénonce
Stéphane Fouks dans son livre "Les nouvelles élites",
"La transmission entre les générations s'est
coupée et la figure classique de la querelle générationnelle
s'est retournée". La génération 68 refuse
son statut de père, et, en voulant rester éternellement
jeune, elle a figé le temps en ne transmettant rien. Cette
absence d'héritage sur lequel s'appuyer et contre lequel
se révolter crée l'immobilisme social, et la "France"
sort de l'Histoire.
La philosophie de l'échec
Malgré l'exploration
de nombreuses idées et l'explosion de nombreux tabous,
la tentative révolutionnaire de mai 68 et l'accès
au pouvoir de ses acteurs sont un échec : le bonheur universel
n'a pas éclos et une nouvelle bourgeoisie, issue d’une
période à forte croissance, unique dans l’Histoire,
jouit, depuis, de tous les bonheurs matériels…La
conversion au réalisme, pudiquement dissimulé en
pragmatisme, a imposé aux générations postérieures
l'idée que tout avait été expérimenté
et tout ce qui pouvait être libéré l'avait
été. Non seulement il faudrait accepter que cette
société soit la meilleure possible, mais en plus
il faudrait dire merci ! Tout est bon pour ne pas renvoyer la
génération la plus nombreuse à l'échec
du dernier avatar du mythe moderne : le bonheur pour tous, imposé
par décret, et la finalité de l'Histoire, au prix
d'empêcher les plus jeunes de penser et d'essayer de trouver
ses réponses à la crise de la culture européenne
et occidentale. Cette illusion du "On a tout essayé"
(nom d'une émission de France 2 qui concentre cet esprit)
fournit comme solution aux problèmes actuels des recettes
d'une autre époque ou ayant échoué ailleurs
: rien d'inédit. Politiquement, et à droite, l'illusion
Sarkozy est basée sur l'idée que l'on peut encore
changer les choses, alors qu'on n'a pas libéré la
pensée : nous sommes condamnés à vivre des
illusions de débat, des combats d'idées déjà
vus.
Le dépassement
du modèle 68 sera forcément révolutionnaire
La disparition physique de
la génération 68 va libérer les suivantes
de ses méfaits ? La génération X, composée
par les enfants des contemporains de 68, pourrait faire payer
chèrement sa frustration aux générations
suivantes, en vivant sa jeunesse après 50 ans, comme ses
aînés, pour ne pas se ressentir comme une génération
sacrifiée. Les effets seraient les mêmes. La remise
en cause de la génération 68 serait forcément
radicale et vertigineuse, jusqu'à la réinvention
d'un nouveau système sur les ruines de l'âge moderne.
La fureur de la pensée postmoderne, fustigée par
le théoricien Jordi Vidal dans son essai "Servitude
et Simulacre", illustre ce rapport de force entre la résignation
à un monde moderne achevé par la génération
68 et une remise en cause profonde des fondements de la culture
occidentale moderne, jusqu'à la philosophie des Lumières
et au-delà. A moins que l'événement majeur
de l'année 1968 ne fut la publication de l'édition
française du livre d'Hannah Arendt "Between Past and
Future" (en français "La crise de la culture")
et que, désormais, "L'héritage ne sera
précédé d'aucun testament".
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Stéphane Delmas
| 19.04.08 |
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