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Internet : liberté en Chine, diffamation à Perpignan
Outil militaire américain
dès les années 1960, Internet se vulgarise comme
l’électricité à domicile. De Perpignan
jusqu’en Chine, les décideurs prennent acte de l’enjeu,
et la démocratie devient indissociable de la toile.
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"Et on
fait tomber les chaussettes". Clip anodin ? |
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armi les cycles brefs de l’humanité,
les Trente Glorieuses, de 1945 à 1973, furent l’apanage
de l’automobile, de la télévision, du lave-linge
et du frigo. Le cycle actuel contient le téléphone
portable, le lecteur MP3 et l’ordinateur avec
connexion Internet. Et le milliard et demi de personnes qui ont
surfé sur le web en 2007 a de quoi interpeller l’importance
de l’outil auprès des politiques, qui n’ont
pas attendu pour l’utiliser et diffuser leurs idées.
Les dernières élections ont montré l’évidence
: une candidature, un site… peut-être pour tenter
d’intéresser les citoyens qui s’éloignent
de plus en plus de la politique, en utilisant une technologie
dite "moderne" pour mettre en avant ce qui apparaît
archaïque. Mais, si les investissements sont importants,
la rentabilité est relative, à l’aune du site
du maire de la ville la plus visitée au monde, Paris, pour
sa campagne des municipales 2008 : celui-ci a reçu seulement
500 visites par jour ! Ce qui ne l’a pas découragé
pour déposer vite fait le nom de domaine www.delanoe2012.com
: les prochaines présidentielles françaises finiront
bien par arriver.
Internet et la "chaussette de
Perpignan"
A l’image de la presse
écrite, lors du scandale du Watergate, causant la chute
du président américain Nixon en 1974, Internet peut-il
déstabiliser les politiques ? Au lendemain des élections
municipales de 2008 Perpignan a fleuri sur le site de vidéos
en ligne Dailymotion une chronique quotidienne des événements
: "L’affaire de la chaussette". Depuis, des reportages,
des interviews des intéressés, des images des manifestations
sont visibles aux yeux du monde, et Perpignan, centre du monde
pour Dalí, est devenue "capitale mondiale de la chaussette".
D’ailleurs, "C’est dans les chaussettes"
est une expression géorgienne qui désigne une victoire
assurée ! Cette référence rappelle les entorses
à la démocratie dont souffrent les pays de l’Est…
Mais, en réalité, l’avalanche de vidéos
perpignanaises relatives au second tour des municipales 2008 contient
bien des éléments discutables et pose bien des questions.
Si la Télévision avait diffusé un quart de
ces images, on peut gager qu’une bonne dizaine de procès
en justice seraient en cours, mais internet reste mineur par rapport
à la divine télé. Jusqu’à quand
?
Un clip diffamatoire sur le maire de
Perpignan
"Et on fait tomber
les chaussettes", chanson du groupe d’humoristes catalans
"Trio de choc", est un clin d’œil aux élections
perpignanaises pour dénoncer le prétendu système
mis en place par le maire, Jean-Paul Alduy. Mis en ligne sur Internet
le 28 mars 2008, ce titre fort amusant fait référence
aux bulletins cachés dans les chaussettes de Georges Garcia,
le président du bureau de vote n°4 de la ville, mis
en examen le 18 mars… Mais on y entend aussi les mots "écrans
plasma" et "scooters vespa" en allusion aux cadeaux
prétendument offerts aux administrés malléables
en échange de suffrages préférentiels : ce
clip expose publiquement des rumeurs clientélistes persistantes.
Dans ce contexte, une chanson accusatrice est-elle répréhensible
? Internet fait-il partie du réel ? S'il est certain que
le réseau palie les oublis des médias classiques,
lorsqu'il montre un président Sarkozy légèrement
ivre au sommet du G8 en juin 2007, peut-on tout faire sur la toile
? La limite est un enjeu, à l’instar de la Chine,
première communauté d’internautes avec 228,5
millions d’adeptes, où Internet constitue un poumon
démocratique. Les autorités du pays, en censurant
les sites Youtube ou Google, zappent des consciences les vidéos
de manifestations de moines tibétains réprimés
par la police. Avec quelques fuites de système, Internet
peut être le point de départ d’une révolution
chinoise, pendant que Perpignan se demande encore si tout cela
est vraiment sérieux.
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Hervé Suard
| 05.04.08 |
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