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Manuel Vila, chercheur : "Internet est plus fort que les
politiques"
Vous êtes époustouflé
par Internet ? Manuel Vila est insatisfait ! Tous les jours depuis
1996, ce chercheur web professionnel de 35 ans scrute la toile,
chez lui, dans la ville de Céret. Entretien savant et planétaire
en Catalogne Nord.
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Manuel Vila,
chercheur web |
hercheur en "Nouvelles
Technologies de l’Information et de la Communication"
(NTIC), Manuel Vila a appris la programmation informatique à
13 ans sur l’ordinateur familial… Cet autodidacte
pointu fait autorité dans l’Internet prospectif,
par une approche technique, philosophique à tout instant.
Lorsqu’il raconte les enjeux sociétaux de demain,
avec son air de grand enfant calme et le prisme de la toile, on
comprend que 2008, c’est encore le moyen âge.
La Clau : Vous cherchez
quoi et vous trouvez quoi ?
Manuel Vila : En fait, je ne suis pas satisfait
de l’Internet actuel, qui est une décentralisation
vers les individus, confisquée par les concentrations comme
Google, Explorer ou Youtube, et les gros services de mails, comme
Hotmail ou Yahoo! C’est contraire à la décentralisation,
qui rend plus fort et plus solide, et qui est l’âme
d’Internet, sur l’exemple de Wikipédia : cette
encyclopédie n’est faite par un groupe, mais par
tout le monde, ce qui peut changer le monde, comme l’encyclopédie
de Diderot, qui a précédé la Révolution
Française ! Wikipédia est parfois décriée,
mais on peut aussi douter des encyclopédies officielles
en papier car ce sont des médias qui concentrent et qui
sont susceptibles de nous manipuler, comme tous les médias…
A partir des ces indices, je regarde la technologie du web actuelle,
du "http" au "html" en passant per les "css",
et j’essaie de tout réinventer avec des idées
nouvelles qui permettraient de vraiment décentraliser,
avec un outil que j’appelle "communicateur", qui
serait moins passif et permettrait de se passer des services centralisateurs.
La libération
du web, c’est pour quand ?
C’est impossible à dater car il existe le problème
de l’interopérabilité, c’est à
dire le fait que tout puisse s’échanger comme de
simples e-mails... Les services comme Myspace ou Facebook ne communiquent
pas du tout entre eux, mais ils devront le faire par force, car
les communautés isolées, qui ne conversent pas,
sont caduques. Pour que les communautés se fondent il faut
créer des standards techniques. Mon travail, c’est
ça.
La fameux "village
mondial" est un gros bluff ? Quel monde imaginez-vous ?
J’imagine un monde basé sur le concept de transparence,
acquis par les traces laissées sur Internet : en tapant
le nom d’une personne sur Google on peut savoir quels sont
ses goûts musicaux, ses sites favoris, ses livres, ses vidéos
etc. Les services Facebook ou Myspace externalisent notre identité,
notre moi ou notre égo, et on peut les voir : nous sommes
en nous et sur le web. Mon espérance est que cela permette
aux consciences d’évoluer, mais cette réflexion
devient spirituelle… La dépersonnalisation nous fait
dépasser notre égo, car l’ordinateur est un
assistant qui nous libère de la charge de la mémoire
: cet énorme changement pour l’humanité ressemble
à l’invention de l’écriture, qui a favorisé
l’intelligence et la créativité. Mais c’est
à double-tranchant ! Mettre son identité ailleurs
et la faire croître peut renforcer l’égo, sur
l’exemple des blogs de mini-stars ! Globalement, Internet
est l’outil ultime de libération individuelle, intellectuelle
ou artistique, car les mécanismes transparents sont plus
forts que les politiques. Cela change tout sur tout.
Comme la télé,
Internet est une technologie orientée qui nous rend idiots
?
Internet rend idiot ou moins idiot ! C’est un outil formidable
même si certains en font n’importe quoi. Mais il induit
une idéologie, comme la télévision, technologie
de centralisation qui favorise la passivité… Internet
contient les germes de la décentralisation : dès
que je me connecte j’ai autant d’importance et de
responsabilités que Google ou Apple ! Tout est possible,
du sublime à l’horreur... Pour rester dans le positif,
internet ressemble au paradis : on peut y lire les âmes,
le système de propriété s’écroule,
l’éternel est un fait, c’est un éveil
collectif, et nous allons tous y arriver.
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Esteve Valls |
05.04.08 |
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