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Presse régionale : le journalisme du sens commun
Dans la perfusion de signes
des temps actuels, la part des "signes de proximité"
portés par la presse régionale française
ne cesse de diminuer : crispée, par nécessité,
sur le strictement local, elle célèbre quotidiennement
le sens commun, une peau de chagrin de fabrication locale.
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ne étude Eurostaf de
novembre 2006, à placer en perspective avec d’autres
enquêtes contradictoires, montre que la presse quotidienne
régionale va mal en France. Elle perd des parts de marché
publicitaire, subit une érosion continue d'un lectorat
vieillissant et doit faire face à la concurrence d'autres
médias en plein essor. Cette évolution la pousse
inexorablement à se concentrer sur son cœur de métier,
le local, le seul espace informationnel sur lequel elle est la
seule présente en permanence avec une expertise validée
depuis longtemps. Mais ce n'est pas sans risques et sans conséquences
sur son évolution car même dans ce domaine les meilleurs
thèmes, les thèmes saillants à visibilité
nationale lui échappent : des équipes journalistiques
"descendent de Paris", imposent leur traitement médiatique
et emplissent aussitôt la presse nationale de nos malheurs,
folklorisés comme il se doit. Qu'il s'agisse d'émeutes
ou de crimes horribles, la dépossession est immédiate
avec la circonstance aggravante que ces évènements
qui font débat ne peuvent être traités localement.
Un vrai paradoxe.
Pour vendre le "journal d’ici",
les clivages sont interdits
Prendre un parti quelconque
un tant soit peu marqué sur un problème local c'est
immanquablement s'aliéner une partie du lectorat ou des
personnes-ressources indispensables. Par exemple, quand les buralistes
sont atteints par les mesures anti-tabac, on ne peut que s'apitoyer
sur leur sort et traiter sur le mode de l'euphémisme la
question sous-jacente de santé publique sous peine de voir
la pile de journaux du jour reléguée en fond de
magasin. Sur le plan politique, dans un pays bipolarisé,
il est suicidaire de saluer avec quelque insistance une prise
de position qui ne soit pas largement consensuelle. En règle
générale on s'alignera sur le sens commun cet ensemble
de savoirs partagés qui organisent la vie sociale, pas
forcément pertinents mais opératoires. Ce sont des
savoirs pragmatiques auxquels on accède par imprégnation
locale, autrement dit en vivant ici; Ils permettent de donner
sens et de répondre à peu de frais aux problèmes
et informations que les individus peuvent rencontrer dans la vie
quotidienne. Ils sont perçus comme "naturels",
"innés" et semblent aller de soi. Et ils sont
renforcés quotidiennement, puisqu'on les retrouve "dans
le journal".
Pour vendre un autre journal ici, les
clivages sont garantis
Presque mécaniquement,
pourrait-on dire, ce positionnement obligé a favorisé
l'éclosion d'une presse hebdomadaire ou de webzines (dont
La Clau) qui sont positionnés dans le négatif de
cette presse quotidienne régionale décaféinée
par nécessité d'existence. Car les lectorats du
sens commun vieillissent et dépérissent puisque
toutes les saillances informationnelles lui sont cachées
ou désamorcées. Les jeunes ne participent guère
à son renouvellement. On assiste alors, par un appel dans
le vide ainsi créé à la survenue d'une presse
qui recherche des coups, qui exacerbe ce qui est caché,
qui quelquefois restitue au local une dimension nationale qu'il
mérite (l'affaire Brasillach, survenue à Perpignan
en 2002, en est le meilleur exemple). Elle n'est pas exempte de
critiques par sa tendance structurelle à transformer des
rumeurs en informations, contrainte qu'elle est de soutenir l'attention
par une succession renouvelée de scoops pas toujours bien
établis. Mais on lui saura gré de mettre le bousin
là où régnerait un conformisme infantilisant,
un petit monde local dans lequel tout le monde est beau et gentil.
Malgré tout, le quotidien local a choisi un biais pour
s'affranchir quelque peu de cette chape de plomb : c'est le courrier
des lecteurs qui lui permet d'exprimer quotidiennement des opinions
tranchées, fortes, polémiques, accusatrices même.
Ces choix sont évidemment significatifs et même s'ils
tendent à s'équilibrer politiquement, ils sont révélateurs
d'un malaise qui ne peut que s'aggraver. Mais finalement, c'est
encore l'équipe de rugby de l’USAP qui sauvera la
presse quotidienne régionale, autrement dit le journal
L’Indépendant.
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Robert Marty |
22.03.08 |
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