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Antoine Gasquez : "Certains journaux manquent de sens"
La Semaine du Roussillon,
1er hebdo des Pyrénées-Orientales avec 30.000 lecteurs,
est en progression ! Fondé en 1996 par le couple Gasquez,
ce média passionné affronte les adversités
avec seulement 6 collaborateurs. Rencontre avec son rédac'chef
résistant.
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Antoine Gasquez,
journaliste résistant © La Clau |
a Clau : Votre hebdo,
La Semaine du Roussillon, fait partie de la famille Midi Libre-L'indépendant,
propriété du groupe Sud Ouest. Vous êtes le
petit frère sous contrôle ?
Antoine Gasquez : "Suite à des difficultés
financières, La Semaine s'est retrouvée en liquidation
judiciaire en 1997. La Dépêche du Midi a déposé
une proposition de rachat mais, à Perpignan, le quotidien
L'Indépendant, ne voulant pas que La Dépêche
s'installe sur ses terres, a surenchéri et nous a racheté,
tout en créant un contre-feu à l'installation d'un
hebdo dans les Pyrénées-Orientales. Mais, dès
le départ, ils y croyaient peu et il n'y a jamais eu de
visée de développement de la part du groupe : nous
nous sommes développés par notre propre volonté,
et même si nous sommes sous contrôle financier et
imprimés sur les presses du groupe, nous sommes totalement
indépendants en termes de rédaction. Non, nous ne
sommes pas sous contrôle".
On a l'impression que
la presse régionale ne se contente plus que de relater
des faits, laissant l’analyse et l’investigation à
la presse parisienne…
"C’est une réalité. De manière
générale, le travail du journaliste local se limite
à couvrir les événements planifiés
à l'avance et à appeler la police ou les pompiers
pour couvrir les faits divers ! Et effectivement, en ce qui concerne
l'analyse ou la recherche un peu pointue sur le local, il y a
un manque. Rien n'empêche d'aborder les problèmes
locaux qui ne sont pas les mêmes ici que dans d'autres départements,
avec notre double-culture et notre histoire qui n'est pas tout
à fait commune avec le reste de la France. Mais ce n'est
pas uniquement la faute des journalistes, c'est aussi la faute
du fait que les journaux se vendent mieux quand on fait du fait
divers. Mais, sur tout le territoire, il existe de très
bons journaux régionaux, comme le Télégramme
de Brest ou Sud Ouest, avec des lignes éditoriales claires.
Au final, la question est "quel est le sens que l'on veut
donner au journal" : aujourd'hui, certains journaux manquent
de sens…"
En France, le système
oppose l'affreux schéma Presse quotidienne Régionale
/ Presse Nationale, la seule auréolée de prestige.
Il y a un verrouillage ? Est-ce lié à la démocratie
locale ?
"Ce concept est lié à la réglementation
française qui prévoit des aides spécifiques
à la PQR, ce qui a créé des castes. Aujourd'hui
la PQR s'est partagé le territoire, il y a très
peu de territoire de concurrence, et il existe, de fait, des monopoles.
Bien évidemment sur les territoires, il y a une pression
financière constante qui concerne les espaces publicitaires
délivrés par les institutions politiques et leurs
satellites. Nous, à La Semaine du Roussillon, nous ne sommes
pas complaisants avec les institutions, donc nous n’avons
pas de publicité institutionnelle. Du coup, notre média
est déficitaire même s’il se développe
! Ensuite, la logique est la suivante, et cela est normal : le
groupe peut regarder les comptes et se dire qu'il faut arrêter
le journal pour limiter les pertes, et, là dedans, la part
de pression financière des collectivités locales
est importante".
Au fond, qu'est-ce
qui distingue la presse régionale en France de celle de
ses voisins?
"C’est simple : les journalistes ne font pas le travail
de la même manière. Il y a une réserve de
la part des journalistes par rapport au pouvoir, que l'on ne peut
pas imputer totalement aux organes de presse mais aux facilités
octroyées aux journalistes… De toute façon,
la presse en France va changer, les gros groupes régionaux
sont en train de se former et la presse locale est obligée
de se renouveler à cause du changement de mode de vie des
habitants ou d’internet. Les jeunes lisent peu la presse
locale. Si on compare avec nos voisins de Girona, le journal El
Punt se développe car il séduit les lecteurs de
tous âges. Ici, on n’y arrive pas, peut-être
parce que les journaux ne sont pas assez intéressants,
ou que les gens sont moins ouverts".
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Stéphane Delmas
| 22.03.08 |
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