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Journée de la femme: "Je ne crois ni au girl power
ni aux Spice girls !"
La Journée de la femme
est anachronique face au parcours de Véronica Botero, jeune
américaine chef de cuisine à Perpignan. Mais si
la banalisation de la femme semble totale, sommes-nous vraiment
ridicules de nous intéresser au sujet ?
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| Véronica
Botero, chef à domicile |
ée
à la Nouvelle Orléans i l y a 35 ans, Veronica Botero,
bien que ses parents l’aient destiné à une
carrière de business en la flanquant dans une MBA (Masters
of Business Administration), a fait ses classes dans une grande
école de gastronomie d’Arizona. Puis elle a fait
la version culinaire de "On the road" de Jack Kerouac,
du Colorado à Paris en passant par New York. Au tournant
des années 2000, la voilà à Perpignan comme
pilier du restaurant La Gallinette, puis elle crée l’enseigne
Comestibles et petits plats avant de créer une formule
de cuisine à domicile.
La Clau : Alors comme
ça, on doit vous appeler "chef" ?
Veronica Botero : Hum, ça vous dérange
d’appeler une femme "chef" ? Dans la mesure où
on appelle un évêque "monseigneur" et un
ambassadeur "excellence", un cuisinier à la tête
de sa cuisine est appelé "chef". C’est
un titre, pas une distinction. C’est parce qu’après
un certain nombre d’études et de stages dans des
restaurants on arrive à une maîtrise qui permet de
nous nommer ainsi. Comme un thésard est dit "docteur"
lorsqu’il a soutenu son mémoire, il n’en est
pas pour autant médecin.
Une femme comme vous
a quels pouvoirs ?
En tant que femme ou en tant que chef ? Ou pensez-vous que j’ai
un pouvoir en tant que femme chef ! Dans l’absolu, personne
n’a de pouvoir et tout le monde en a. Je m’explique
: on a une représentation du pouvoir comme celui de Dieu,
qui décide de tout et peut tout faire. Mais plus dans un
rapport au caprice que dans la possibilité de construire
ou de régler des conflits. C’est une image assez
enfantine du pouvoir qui est malheureusement celle qui est en
vogue. Cependant, de l’enfant à l’adulte, il
n’y a que le costume et la taille des jouets qui change…
Le pouvoir c’est notre capacité à faire des
choses ou à influencer notre univers. J’ai du pouvoir
dans mon métier en ce que je compose mes plats, parce que
j’ai une cuisine de création. Mais je ne crois pas
au girl power, je ne suis pas une Spice girl ! Je prends une recette
en gardant ce qui la vertèbre et en y introduisant ma touche
personnelle, en jouant sur les contrastes de structures, de saveurs,
de couleurs. C’est mon pouvoir en tant que chef. Mais le
matin, lorsque je me lève, j’ai le pouvoir sur le
choix de mes vêtements et aussi sur toute une succession
de détails. Le pouvoir, c’est aussi la liberté
de "disposer de", c’est avoir le choix. Ce qui
intervient ensuite c’est la limite. Il n’y a donc
pas de pouvoir, mais des niveaux de pouvoir avec les responsabilités
qui vont avec.
En tant que chef, avez-vous déjà
abusé de votre autorité ?
Non jamais. J’aime particulièrement une phrase du
dessinateur Hugo Pratt, tirée de l’album La Balade
de la mer salée, de Corto Maltese : « L’autorité,
on l’a jusqu’au moment où on l’exerce
! ». En cuisine, on est au service de la gastronomie et
du client. C’est notre objectif premier. L’autorité
n’est là que pour faire en sorte que les choses se
passent de la meilleure manière possible, qu’en bout
de chaîne les bien mangent bien et passent un bon moment.
Pensez-que le
XXIè siècle sera féminin ou ne sera pas ?
L’homme d’état français André
Malraux disait que : "Le XXIème siècle serait
spirituel ou ne serait pas", donc il y a déjà
une option prise sur notre époque... Bon, déjà,
il faut arrêter de poser le problème en tant que
rapport de domination homme/femme. Sans la femme, l’homme
n ’est rien, et vice versa. Les deux sont complémentaires.
Ils doivent travailler en partenariat, en synergie cela permet,
en les combinant, d’optimiser leurs deux potentiels. Il
est évident que les femmes dans la société
ont beaucoup de rattrapage à faire, tant au niveau de la
représentation au sein des entreprises et en politique
qu’au niveau des salaires. Mais l’objectif n’est
pas de renverser l’asservissement, au sens féministe
du terme, ni même l’égalité, qui est
un terme piégé, mais d’asseoir définitivement
l’altérité.
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Nicolas Caudeville
| 23.02.08 |
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