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Olivier Amiel : "La République Française singe
la religion"
Le Catalan Olivier Amiel,
29 ans, professeur et membre du Mouvement Républicain et
Citoyen de Jean-Pierre Chevènement, a créé
l’Association de Défense des Pyrénées-Orientales
dans la République. Rencontre avec un nouveau Joseph Cassanyes.
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Olivier Amiel, la jeunesse
républicaine |
a Clau : D'où
vient ce double engagement républicain français
?
Olivier Amiel : "Cet engagement est lié
à des convictions propres et familiales, mais aussi à
une réflexion sur le Gaullisme social, dit gaullisme de
gauche, à valeur socio-économique, c'est à
dire la défense de certaines valeurs républicaines
comme la laïcité ou la solidarité nationale.
L'ADPOR, c'est un peu particulier puisque il y a à la fois
des gens de droite et des gens de gauche, ce qui montre que les
valeurs républicaines dépassent largement ce genre
de clivages".
Pourquoi le concept
de "laïcité" est-il quasi-impossible à
expliquer à l'extérieur de la France?
"Parce que la conception de la laïcité "à
la française" est très particulière
! C'est le fait que la République Française souffle
à la fois le chaud et le froid vis à vis du fait
religieux : le chaud quand elle défend la liberté
religieuse, le froid quand elle dit qu'il n'y a pas de religion
d'Etat et qu'elle n'a pas à financer les religions. L'Etat
n'a pas à se préocuper des affaires religieuses,
comme les religions n'ont pas à se mêler des affaires
de l'état : c'est ce que remet en cause Nicolas Sarkozy,
bien que cette notion soit essentiellement un principe, avec comme
symbole la loi de 1905. Cette loi est essentiellement symbolique
et elle a connu beaucoup de dérogations et d'exceptions.
Ainsi, l'exercice de la religion catholique n'est pas régie
par la loi de 1905 mais par les accords Poincaré-Cerreti
de 1924 sur les associations diocésaines".
Mais alors, la laïcité
est-elle totalement liée à l'histoire de France
ou est-elle un concept universel ?
"La laïcité "à la française"
est totalement liée à l'histoire de France, à
la confrontation des deux France de la 3ème république,
de 1871 à 1940, entre la droite monarchiste catholique
et la gauche républicaine laïcarde. La laïcité
est un compromis entre ces deux pôles, une synthèse
des différentes racines de la nation française,
qui ne sont pas seulement chrétiennes, comme le dit Nicolas
Sarkozy, mais aussi, entre autres, issues de la philosophie des
Lumières. Le concept de laïcité est d'ailleurs
totalement lié à un autre principe de la République
: la solidarité nationale, en opposition à la charité
chrétienne". D'ailleurs, Nicolas Sarkozy, en remettant
en cause et la solidarité nationale et la laïcité,
peut briser ce compromis, ce qui peut être très dangereux
pour l'équilibre de la France.
Ce concept de laïcité,
unique en Europe et dans le monde, peut-il freiner la convergence
européenne?
"Non, parce que chaque état a sa vision. Il n'y a
pas une unité de traitement du fait religieux. De toute
façon, l'histoire européenne n'est faite que de
consensus et de compromis, ce sera pareil pour la laïcité,
cela ne sera pas un frein. A cet égard, le débat
sur le préambule de la constitution qui évoque les
"racines chrétiennes de l'Europe" est anecdotique.
On n’est pas pour ou contre l'Europe sur cette question".
En France donc, la
solidarité nationale a remplacé la charité
chrétienne, et la laïcité a imposé une
nouvelle morale enseignée à l'école (déplorée
par N. Sarkozy dans son discours de Rome, en décembre 2007)
en s'appuyant sur la philosophie positiviste d'Auguste Comte,
proche de la Métaphysique. La laïcité est-elle
donc une religion ?
(Sourire) "Contrairement à
ce que dit Sarkozy, il y a une morale laïque, c'est le principe
de solidarité sociale, qui a remplacé la morale
religieuse, tout comme il y a une métaphysique républicaine.
La république n'a pas pu y échapper. La laïcité
est presque une religion. D'ailleurs, la République a singé
beaucoup de choses de la religion : les clochers et les baptêmes
républicains, avec une imagerie très forte…
Même sur la notion de justice il a fallu trouver autre chose.
Par contre, il y a aussi de grosses différences : quand
on oppose charité et solidarité, il faut se rappeler
que la charité est privée, individualiste, alors
que la solidarité passe par la communauté. Cela
fait la différence. Alors oui, c'est une religion, mais
très différente".
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Stéphane Delmas
| 09.02.08 |
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