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Fier d'être laïcard !
Il est dur de se déclarer
laïque dans la France d'aujourd'hui. Dans les medias complaisants,
les zélateurs de la Rupture s'emploient à ringardiser
les fondements d'un vivre-ensemble difficilement acquis. S'appliquer
à soi-même le terme "laïcard" c'est
déjà leur répondre.
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Laïcité
"positive" : Nicolas Sarkozy accueille les représentants
religieux à l'Elysée, le 17 janvier 2008 |
eur première arme c'est
le langage. Il suffit de réclamer le statu quo en matière
de laïcité, position sage s'il en est au vu de l'histoire
de la loi de 1905, pour se faire traiter de "laïcard".
La construction du terme est un grand classique. Il a suffi d'accoler
le suffixe "ard" au terme neutre pour obtenir l'effet
péjoratif qui lui est le plus souvent attaché (chauffard,
criard, bâtard, ...). Ce suffixe est très utilisé,
notamment pour fabriquer des mots déqualifiants dans la
langue argotique (viandard, connard, vicelard…). On y trouve
d'ailleurs "cul béni", le strict opposé
de "laïcard". Comme l'insulte, le terme péjoratif
est une injonction assignant à celui auquel il s'adresse
une place dans une catégorie prédéterminée.
En général le destinataire s'en défend et
répond sur le même mode. Plus rarement, il l'accepte.
A l'extrême, il peut le revendiquer. Je le revendique.
On ne peut plus "bouffer du curé"
!
Il fut un temps où les
laïcards passaient le plus clair de leur temps à "bouffer
du curé". Ce temps est révolu. Le curé
se fait de plus en plus rare, les vocations se sont raréfiées
avec les changements dans les modes de vie. Dorénavant,
c'est la société de la communication qui est "institutrice"
et c'est la télé qui formate les esprits. L'Eglise
catholique a largement perdu ce pouvoir. Elle a trouvé
une place dans la sphère privée que personne ne
lui conteste. Elle s'est plutôt recentrée sur ses
problèmes internes. L' école elle-même n'est
plus un enjeu à tel point que la droite s'est réapproprié
le thème "fonds publics pour le public, fonds privés
pour le privé" à propos de la suppression envisagée
de la publicité dans les chaînes du service public
français. Alors, pour quel combat douteux nous ressort-on
les mots du combat d'hier ? Pourquoi le président français
dit-il au pape, le 20 décembre 2007, que "l'instituteur
ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé parce
qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice
de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance",
un jugement qui, pour le coup, est ringard de chez ringard ?
Le cultuel, instrument du contrôle social
Les multiples déclaration
du président français ont trouvé leur aboutissement
dans cette phrase de sa ministre de l'Intérieur et des
Cultes, Michèle Alliot-Marie, répercutée
dans le journal La Croix du 21 janvier 2008 : "Depuis
la loi de 1905 sur la séparation des églises et
de l'Etat, argumente-t-elle, "la société a
changé" et "certaines modalités
de la loi, qui créent des entraves à l'exercice
des cultes, doivent être adaptées". Par
ailleurs, elle estime que les défenseurs de la laïcité
d'aujourd'hui ont encore une "conception archaïque,
voire sectaire de la laïcité". Et revoilà
le laïcard sorti de son placard, ce fieffé conservateur
incapable de moderniser sa vision du monde. Une démarche
proprement idéologique.
Simultanément émergent les
Cultes et surtout l'adjectif "cultuel" qui bénéficie
de sa proximité phonétique avec "culturel",
connoté positivement. Du coup le curé de la belle
époque se voit, dans les discours, flanqué de l'iman
et du pasteur ; il n'est plus en première ligne et se trouve
là, semble-t-il, à son corps défendant. La
ficelle est grosse. En promouvant un "Dieu unique des religions
du Livre", à travers les divers Cultes qui lui sont
consacrés, on cherche en fait à mettre en place
un nouveau contrôle social. On le fait pour endiguer la
déferlante hédoniste des sujets législateurs
de leur propre vie engendrée par l'individualisme démocratique,
hégémonique aujourd'hui. Et pour cela on donnera
délégation aux biens nommés "Ministres
du culte" pour une gestion communautariste du corps social,
opportunément baptisée "laïcité
positive". Mais auparavant il faudra faire taire les laïcards,
ce qui est loin d'être gagné ! Comme disait le personnage
Zazie de Raymond Queneau : "Mon culte !".
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Robert Marty |
09.02.08 |
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