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Perpignan : politique cyclable et choc de civilisations
Une station de vélos
déserte, en sous-sol... Avec ses 11 km de pistes réellement
cyclables, Perpignan embraye sur la bicyclette à louer
à deux mois des municipales. Les militants du rayon progressent…
Jusqu’à la provocation ?
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Jean-Michel Henric,
"Locovélo", Perpignan |
out
va très vite. En 2005, trois agitateurs s’associent
dans "Vélo en Têt", le poil à gratter
du vélo urbain à Perpignan. 300 adhérents
plus tard, ils créent une interface pragmatique, "Locovélo"...
En partenariat avec la ville depuis l’été
2007, cette structure préside aux destinées de Vélostation,
le premier parc de 40 vélos à louer pour 1,50 €
la journée, installé en catimini dans le parking
Arago en décembre. On ne devient pas Barcelone ou Paris
du jour au lendemain.
La Clau : Vous prônez
la "réduction de l’usage de l’automobile"
mais la rue appartient aux voitures, taxis, bus, piétons,
trottinettes, rollers et skate-board ! Comment éviter l’intégrisme
?
Jean-Michel Henric, président de Locovélo
: "C’est un ensemble. Comme ailleurs en Europe,
j’imagine très bien quelqu’un venant de la
ville de Thuir, à 15 km, laissant sa voiture sur un parking
à Toulouges, à 6km, prenant alors un bus, puis un
vélo dès son arrivée en centre-ville, Place
Arago. Ou alors, le matin, cette même personne accompagnera
ses gamins en voiture à l’école puis elle
continuera à vélo : c’est l’inter-modalité,
à laquelle on peut ajouter le train ou les pédibus
ou les Vélobus. Mais ce n’est pas simple. Il est
évident qu’une mesure extrême, comme l’interdiction
de l’accès à l’hyper-centre aux voitures,
pénaliserait les voisins. Je me sens mal de proposer des
choses comme celle-là, d’autant que les populations
quittent les centres pour gagner la périphérie.
il faut donc placer le curseur au bon endroit".
Ici, au royaume du
chômage et des très bas salaires, les pros-vélo
semblent aisés par rapport aux hordes motorisées…
"Ils sont fatalement aisés car ils exercent des professions
intellectuelles et ils ont le temps de réfléchir.
Mais, petit à petit, l’influence s’étendra
au reste de la société. C’est comme la Révolution
Française ! On retrouve aussi une élite bourgeoise,
et les partisans du vélo en ville se posent parfois en
clergé… (rire). A l’association, pour certains
c’est une prise de conscience et un effort, mais pour d’autres
c’est plus facile que pour un ouvrier de la chocolaterie
Cémoi qui arrive sur la chaîne de fabrication à
5h du matin… On aurait tort de reprocher à l’ouvrier
matinal de ne pas prendre son vélo, alors qu’il habite
plus loin puisque les loyers ou le coût d’une acquisition
sont plus accessibles en milieu rural. Ce mode de vie "bobo",
lié aux moyens, est un comportement global qui passe par
les commerces de proximité, les légumes de saison,
etc."
Quel est le profil
des gens qui se moquent de la politique cyclable ?
"L’Urbain est sensibilisé car l’automobile
est, pour lui, une nuisance, mais le Rural perçoit davantage
le côté ludique du vélo. Il faut faire entendre
au gens la différence entre le Vélib parisien et
Vélostation, qui peut créer de l’emploi et
devenir de l’économie solidaire… Vélib
a un côté Kleenex : "j’emprunte, je jette".
A l’inverse, avec la location, l’objet t’appartient
un peu, et cela me plaît bien, outre que les afficheurs
publicitaires sur Vélib sont des mecs qui s’achètent
une bonne image pour pas cher. Mais les Ruraux me disent souvent
"Vous nous emmerdez avec vos vélos à la
con, vous, les bobos qui avez la chance d’habiter Perpignan
et qui avez les moyens". En ville, je ressens une différence
marquée lorsque je traverse la cité Clodion, dans
le quartier du Bas-Vernet (quartier Nord - ndlr) : je suis un
clown sur mon vélo, à côté des Maghrébins
qui galèrent en rêvant de BMW. Il faut être
prudent avec les « ordres » donnés à
la société. Autant à Cabestany ou à
Thuir, en vélo, je me fonds dans le décor, autant
pour des gens sans emploi, renvoyés en périphérie
et non considérés, ce mode de vie est une provocation.
A vélo, ils seraient à poil. Mais si on leur filait
un boulot, ils rouleraient à vélo !"
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Esteve Valls |
26.01.08 |
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