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La Chine fantasme sur la voiture, l’Europe sur le vélo
A l’heure où
les classes moyennes de Chine, premier producteur et consommateur
de bicyclettes, découvrent l’automobile, les embouteillages
et la pollution, les Européens s’orientent vers le
vélo en ville. Une pirouette à la mondialisation
!
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Manifestation pro-vélo,
Perpignan, juin 2007 |
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ans
un monde où les infos et les transports s’accélèrent,
le retour du vélo en ville est une nouvelle tendance à
contre courant. Ce retour en force imposé par les politiques
urbaines est inégalement ancré en Europe : 38% des
déplacements à Copenhague se font par vélo,
30 % à Bâle et Amsterdam, mais à peine 1%
à Athènes, Madrid et Lisbonne. Le climat n’est
donc pas un élément déterminant dans la pratique
du vélo, et les déséquilibres sont profonds.
La culture explique bien cela, les pays nordiques comme le Danemark
ou encore la Hollande ont développé depuis longtemps
une "culture vélo", et, chez nous, quelques clichés
à son égard. Pour eux, le vélo est l’image
de liberté, de moyen idéal pour protéger
l’environnement, pour les différentes catégories
sociales : riches ou pauvres roulent à bicyclette. A l’inverse,
dans les pays africains, le vélo est considéré
comme indigent et l’envie majoritaire est de se procurer
un moyen motorisé, au moins un deux roues, pour se déplacer.
Le vélo, nouvelle
pollution visuelle !
Le vélo est au cœur
d’une politique urbaine lancée à l’échelle
européenne, autour du congrès itinérant Vélo
City, la conférence mondiale de la politique cyclable,
et locale, sur les exemples de Velib à Paris, Véloloco
à Perpignan ou Bicing à Barcelone, portant sur la
création et l’extension des pistes cyclables. Car
au moment où les villes sont engorgées par les embouteillages
et asphyxiées par la pollution, le vélo apparaît
comme la solution à moindre coût, propre d’énergie,
bon pour la santé physique et qui pourrait permettre de
rendre une ville plus saine et plus propre. C’est 100% logique
et implacable, et, du coup, fleurissent dans toute l’Europe
des systèmes de location de bicyclette. Mais au-delà
de ces objectifs plus que louables se cachent de nombreux enjeux.
Tout d’abord, la volonté de satisfaire le lobby des
cyclistes. Ce fut le cas aux Pays-Bas où la fédération
nationale du cyclisme a fait pression sur le gouvernement néerlandais
afin qu’il engage un plan directeur cyclable. Les écologistes
sont aussi des acteurs importants, l’exemple allemand est
révélateur. Dans les années 1980, la montée
en puissance du mouvement des Verts est à l’origine
du lancement d’un grand programme d’aménagement
cyclable. Enfin, il faut souligner des enjeux économiques.
Derrière le Velib et la plupart de ce type de services
se cache en fait un marché : vélo contre publicité.
Le contrat est simple la société de mobilier urbain
fournit à la municipalité les stations et les vélos
en échange d’octroi de panneaux publicitaires. Cela
va même jusqu’à faire de la bicyclette un support
publicitaire comme à Toulouse. Pour lutter contre la pollution
atmosphérique, auditive, il faudrait accepter désormais
une pollution visuelle !
Des politiques à
vélo devant les caméras
La politique urbaine
oublie que des conflits d’usage existent entre automobilistes,
cyclistes et piétons. C’est toujours le plus rapide
et le plus « matériel » qui prend le dessus.
Les projets politiques du tout vélo, qui tendent à
se généraliser, nécessitent de nombreux investissements,
des infrastructures plus adaptées et une vision de la voirie
partagée, pour assurer la cohabitation de tous ses usagers.
Si cette politique est voulue par les puissants, ils ne l’appliquent
guère sauf pour quelques opérations média
comme la Journée sans voiture qui peine à s’organiser
tous les 22 septembre. Et la télévision diffuse
l’image d’élus politiques, à vélo
dans les rues de Paris, qui en réalité oublient
leur pédalage dès le lendemain en prenant leur voiture
avec chauffeur ! Une volonté, une fois de plus, de s’en
prendre aux plus humbles. De toute façon, le stéréotype
du mode de vie occidental, entre villa quatre faces et grosse
voiture, reste une valeur sûre.
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Hervé Suard
| 26.01.08 |
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