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Et si on inventait la drogue sans effets secondaires ?
Loin de la responsabilité
individuelle, le contrôle public des psychotropes mineurs,
tels le tabac, impose des produits sanitairement et socialement
acceptables : en privant discrètement le citoyen du libre-arbitre,
la morale chassera la liberté.
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| Concert
à Perpignan, mai 2005... |
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après
un article du magazine Science et Vie de février 2007,
notre cerveau est adapté à un monde qui n’existe
plus : « Nos prédispositions cognitives sont
formatées pour la préhistoire » dit le
dossier, ce qui impliquerait pour l’homme du 21ème
siècle des perceptions, des sensations, des humeurs ou
des fonctions psychologiques et comportementales inadaptées
à son environnement. Un cerveau taillé pour des
conditions de vie très précaires pourrait-il expliquer
au moins en partie le recours massif de l’homme moderne
aux psychotropes de toutes sortes, parfois au détriment
de sa santé ? C’est un fait, l’homme moderne
ne se contente pas de sa simple fonction cérébrale
: par une panoplie composée de chocolat, thé, café,
tabac, alcool, chanvre indien, coca, pavot ou composés
chimiques divers, il tend à intervenir sur le fonctionnement
normal, conscient, de son cerveau, en dehors de tout contexte
pathologique. Que ce soit pour des raisons dites récréatives,
anthéogènes ou d’amélioration de ses
performances physiques et intellectuelles, cela fait plus de 20.000
ans que l’Homme comble un besoin tout juste après
ses besoins alimentaires. Ces produits aident Homo Sapiens, devenu
Homo Drogus, à survivre dans une existence que son cerveau
peine à gérer.
Le tabac, plus toxique que la cocaïne
Ainsi va le tabac, et sa molécule
de nicotine, qui apaise et réduit les sensations d’anxiété
et de colère, mais qui provoque aussi un sentiment de stimulation
et aide à se concentrer : la nicotine est un cholinergique
et a par conséquent des effets positifs, sinon pourquoi
fumerait-on ? N’en déplaise aux moralistes, la persistance
du tabagisme ne s’explique pas que par la dépendance
qu’il impose, mais aussi par ses inavouables vertus de stimulant
mineur sans effets délétères sur le cerveau.
D’après le rapport Roques de 1998, le tabac a cependant
une toxicité générale pour le corps humain
très forte, voire plus forte que l’alcool ou la cocaïne
: c’est un fait, le tabac tue et les cancers qu’il
implique ont un fort impact social. Dans la balance bénéfice/risque,
le tabac a un rapport très négatif et si ce n’était
le poids des habitudes culturelles et l’imaginaire qu’il
véhicule, ce produit ne devrait plus être consommé,
du moins sous sa forme actuelle. La puissante industrie du tabac
l’a d’ailleurs compris en redéployant son industrie
vers les pays en voie de développement : le tabac, clairement
décrié depuis les années 1980 (mais pas plus
tôt…), n’a plus beaucoup d’avenir dans
le monde occidental. Il est aujourd’hui progressivement
banni de tous les champs (les seules zones libres sont désormais
l’air libre et l’univers privé du domicile
des consommateurs). L’alcool suivra en raison de sa dangerosité
sociale.
L’avenir des drogues est pharmaceutique
En attendant que la sélection
naturelle fasse son œuvre à l’égard du
cerveau de l’homme, et face à la fin annoncée
du tabac, il est fort à parier que d’autres produits,
à la toxicité limitée, juste ce qu’il
faut de dépendance et à la dangerosité sociale
nulle, viendront progressivement remplir les convivialités
quotidiennes et les petits ou grands états d’âmes
: du gel douche stimulant en passant par les boissons énergisantes,
mais surtout un panel de produits pharmaceutiques aux effets croissants
enrichiront d’autres industries, entre agro-alimentaire
et produits plus ou moins médicinaux. Les sociétés
scientifiques et individualistes ne sauront tolérer la
moindre prise de risque sanitaire ou sociale mais savent très
bien, à la manière de Matrix, que l’humanité
ne peut se passer de ces petits travers : le contrôle des
adjuvants est déjà un enjeu en attendant la drogue
véritablement sociale, le soma d’Aldous Huxley, qui
rendra l’humanité béate. Sera-ce alors le
stade ultime de la moralisation de la société humaine,
autrement dit du progrès ?
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Stéphane Delmas
| 12.01.08 |
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