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Le lobby bordelais, une excuse à la crise du Sud ?
1er de France en surface,
le vignoble du Languedoc-Roussillon reste vaguement présent
sur les linéaires des supermarchés et dans le palais
des décideurs. Mais par delà les lamentations, pourquoi
ça coince ?
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Vestiges de vigne à
Perpignan, avril 2007 |
e viticulteur exaspéré par les
propos naïfs du vacancier après dégustation
d’un bon cru "Vous avez fait de sacrés progrès,
dans la région !" sait que l’histoire du vin
en Catalogne remonte à loin. Déjà, en -700,
les marins grecs y introduisaient la vigne, mais c’est aux
Arabes que l’on doit, autour de l'an 1000, l'invention de
l'alambic et de la distillation. Le produit obtenu, "al khôl"
("la chose subtile") précède le révolutionnaire
médecin valencien Arnau de Vilanova : vers 1300, il crée
le vin doux, à l’origine une recette médicale,
seul point commun avec le Coca-Cola. Les siècles défilent,
la révolte viticole de 1907 passe, le XXè siècle
déroule ses crises.
Le Languedoc-Roussillon, victime de
son obésité viticole ?
Première région viticole du monde
malgré l’arrachage de 10.000 hectares en 2005, le
Languedoc-Roussillon affiche 288.000 ha de production, dont 24.000
en zone catalane. C’est aussi la deuxième région
d'AOC de France après le Bordelais qui dispose de 110.000
ha. Mais la hiérarchie implicite plaçant Bordeaux
en tête des régions chouchoutées n’échappe
à personne. L’existence d’un puissant lobby
à son service est si évidente qu’elle en devient
invisible : vu de Paris et de l’étranger, le vin
français, c’est le Bordeaux. En Roussillon, Christophe,
34 ans, établi à Villemolaque, ajoute une louche
d’attachement terrestre : "Pour les jeunes qui
s'installent, la viticulture ne rapporte plus car les charges
grimpent. On ne peut pas abandonner le patrimoine mais être
salarié au smic serait plus confortable. Le tourisme, qui
nous a fait vivre pendant 30 ans, nous fait crever, car il est
plus facile de vendre 1 m² de terrain constructible qu'1
hecto de vin. Demain, nous regretterons ces milliers d'hectares
de vigne disparus sous les champs résidentiels pour retraités
nordiques. Et pourtant, nos vins font partie des meilleurs du
monde !".
Après la fin du productivisme
des années 1960, le vide...
La misère silencieuse de certains producteurs,
parallèle à l’extraordinaire réussite
de nouveaux domaines, est-elle simplement due à une vieille
politique nationale ? La production française, qui avoisinait
30 millions d'hectolitres il y a 20 ans, a diminué d'un
tiers, le productivisme est loin mais l’Etat n’affronte
pas la concurrence des vins étrangers tandis que la panne
européenne repousse l’harmonisation du coût
du travail France/Espagne et des méthodes agricoles. Les
seules vraies avancées les démarches bio et subventionnées,
parfois ouvertes à l’export. Mais la question viticole
française est insoluble de la politique ultralibérale
et des modifications règlementaires hexagonales telles
la disparition des syndicats d'appellation ou de vin de pays,
remplacées par des Organismes de Gestion de la loi d'Orientation
agricole. Les agréments des vins AOC et des vins de pays,
qui deviennent AOP et IGP, sont confiés à des organismes
parfois privés, type Véritas. Pourtant, le réel
survit dans la jungle légale : on trouve encore, à
des prix raisonnables, d’excellents vins de pays, jamais
primés, mais supérieurs à des vins d'AOC
médiocres.
Rien n’a changé depuis
le roman "Le vin pur", sorti en 1945
Le système coopératif du Languedoc-Roussillon,
qui occupe 60% de la production viticole, découle de l’énorme
mobilisation viticole du début du XXème siècle,
mais la crise actuelle est peut-être encore plus grave car
le secteur est dispersé, la Région est impuissante
et l’Europe s’apprête à faire arracher
400.000 ha dont un quart en France, sur 5 ans. Rien n’aurait
donc changé depuis l’éloge de Ludovic Massé,
auteur du roman « Le Vin Pur », sorti en 1945 ? Alors
que les vignobles du Languedoc-Roussillon comblent leur marge
de progression qualitative en hiérarchisant les appellations,
que se mettent en place des circonscriptions géologiques
et climatiques, n’est-il pas trop tard ? La viticulture
semble devenir un obstacle pour les promoteurs… Il y a 100
ans, une bonne partie de la classe politique locale soutenait
les viticulteurs, assez nombreux pour exister médiatiquement.
Au XXIè siècle, l’avenir des jeunes vignerons
semble être un salaire miteux en hôtellerie pour vendre
des Côtes du Rhône ou du vin australien à des
touristes incultes.
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Hyacinthe Domenach
| 05.05.07 |
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