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Un pays pauvre se caractérise par un niveau de développement économique très bas et l'inexistence d'une classe moyenne. Telle était l'Espagne globale de Franco en 1959, 20 ans après une dictature d'une violence inouïe, avec autarcie quasi-complète et faible niveau de vie en l'absence d'échanges, donc de biens de consommation. Un pays figé. Cette année-là, le gouvernement de Franco lança le « plan de stabilisation » ouvrant l'Espagne à la libéralisation et au marché européen, provoquant dès 1960 une croissance économique fulgurante et l'émergence d'une classe moyenne... ce qui allait contribuer au final à la fin du régime. La Catalogne, impatiente, avait déjà profité de la timide libéralisation de 1951 pour retrouver son lustre économique de 1936 en 3 ans seulement, poussée par une bourgeoisie entreprenante et surtout par une mentalité de pays basée sur la réussite économique, symbole même de sa persistance dans l'Histoire. La Costa Brava, pourtant désignée sous cette appellation dès 1908, allait naître là sous la forme d'un modèle touristique autant désiré par la dictature que par une société catalane désireuse de s'enrichir pour exister, à tout prix.
Plus besoin de servir l'étranger ?
Un climat et un environnement très favorable ont fait de la Costa Brava un lieu idéal de villégiature estivale pour la nouvelle classe moyenne européenne, les prix bas et la permissivité réglementaire ont fait le reste dans une activité économique parmi les plus rentables et les plus simples. La plupart des villages côtiers ont été tapissés d'innombrables immeubles et constructions, sans aucune maîtrise foncière minimale, pour recevoir les millions de touristes, l'argent étranger arrosant l'économie devenue exsangue de cette région rurale. Le tourisme de masse, au prix de l'abandon d'une partie du territoire, fût le pilier du redressement économique de la Catalogne et de l'Espagne de l'après-dictature, qui permit sa modernisation économique et sociale jusqu'à espérer de nos jours de dépasser l'Allemagne en terme de PIB par habitant. La Catalogne présente en 2008 une économie dynamique et diversifiée autour d'une industrie performante et La Selva, le Baix et l'Alt Empordà, « les comarques » sous appellation « Costa Brava », présentent un tissu de PME/PMI et d'entreprises de nouvelles technologies envié en Europe, près d’une ville-phare, Girona, à la croissance incroyable. Le tourisme juteux, de masse, n'est plus primordial, et d'autres pays, pour l'heure pauvres, l'ont remplacé, comme la Croatie. Une importante classe moyenne, au niveau de vie supérieur à nombre d'Européens, a émergé, et le regain de confiance et d’estimation de soi des habitants a crû jusqu'au niveau des autres pays riches : Français ou Allemands ne sont plus « supérieurs ».
La Catalogne Sud récupère ses terres
De nombreux indices le prouvent, le tourisme et surtout la maîtrise du foncier sur la Costa brava changent de nature. Les institutions reprennent la main là où elles l'avaient laissée 40 ans plus tôt. Le permis de construire est de retour, et de très nombreux propriétaires étrangers sont fermement priés d'évacuer la bande côtière ou de déclarer comme résidence de tourisme leur appartement en location. La Costa Brava fait, depuis quelques années, connaissance avec la loi et le règlement. Le tourisme se fait plus « sélect » et, progressivement, nouvelles constructions et rénovations changent de standing : le spa ou le golf émergent, et la nouvelle bourgeoisie catalane, notamment barcelonaise, se réapproprie en douceur la plus belle côte de Catalogne. Pire ! Le tourisme culturel se développe autour de la prise en charge du patrimoine, propre au tourisme offert par les pays riches. Barcelone a remplacé la Costa Brava dans le succès du tourisme catalan, enfin digne. La Catalogne, et au-delà l'Espagne, sont rentrées dans le club des pays européens les plus développés, et les ravages touristiques de jadis deviennent intolérable, car le niveau de vie permet les préoccupations environnementales. Dorénavant, d'autres paysages exceptionnels subiront les ravages des bâtisseurs et du tourisme de masse, plus loin en Europe ou dans le monde.
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