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Serge Llado, musicien-chanteur-auteur de 57 ans, a reçu l’accent catalan en français et la langue catalane dans le quartier Saint-Martin de Perpignan, avant une formation en lettres classiques et des détours par les soirées de cabaret improvisé de la ville. Seule sa facette d’humoriste a conquis Paris, dès 1976. On l’a vu sur Antenne 2, La Cinq et entendu sur France Inter puis Europe 1, depuis 2005, aux côtés de l’humoriste Laurent Ruquier. Avec de moins en moins d’accent.
La Clau : Quelles sont les perles de votre carrière au niveau de l’accent ?
Serge Llado : Quand je suis monté à Paris, en même temps que des copains languedociens qui partaient travailler à La Poste, nous vivions en communauté et nous gardions notre accent naturel. A ma première audition dans un cabaret, le patron m’a souri amicalement, j’ai été perçu comme authentique et pas fabriqué, comme certains artistes. Ce mec m’a dit « ne perd pas ton accent, garde-le ». De toute façon il était déjà trop tard… et il connaissait les ressorts de l’accent, sachant que dans le milieu du cabaret, quand les clients se plaignaient, si le serveur répond avec un accent exagéré de Marseille, on obtient un sourire et une détente, contrairement à l’accent parisien, connoté « boulot ». L’accent m’a d’ailleurs donné mon boulot à Paris, en m’apportant un coefficient de sympathie.
Vous avez fait un choix délibéré pour l’accent ?
Pas du tout, c’est spontané. Par la suite je me suis rendu compte que c’était un fond de commerce. Quand je réécoute des enregistrements de la fin des années 70, j’ai l’impression que je force mon accent, mais c’était mon vrai accent à cette époque-là, qui s’est édulcoré depuis. Je n’ai jamais triché et je ne m’énerve plus, car la première fois que je suis allé dans un bureau de Poste, on n’a pas écouté ce que je disais mais comment je le disais et m’a dit : « Ah, c’est les vacances », à quoi j’ai répondu « Non, tout le monde parle comme ça chez moi et j’en connais beaucoup qui bossent ». En fait, c’est leur angle de vue, cela leur rappelle les vacances et, par extension, ils croient que tout le monde est en vacances quand eux sont remontés à Paris pour bosser.
Victoria Abril et Jane Birkin usent de leur accent pour être identifiées… Vous aussi, vous êtes prisonnier ?
Pas sûr… mais je suis certain qu’un accent qui n’est pas d’origine, c'est-à-dire de son milieu d’éducation, entendu enfant, exige un effort, exactement comme une langue apprise. Mon premier boulot était celui de chanteur, et quand je chante j’ai peu d’accent. Mais quand je parle au naturel, ça dépend avec qui je parle, je parle deux langues, car cela suppose deux types de réflexes.
Un Noir, Harry Roselmack, est admis au journal télévisé mais pas un accent du Sud. Quelle est la hiérarchie des tolérances ?
Les Noirs sont une minorité visible, nous sommes une minorité risible ! Avant de faire de la télévision, Harry Roselmack était reconnu comme journaliste de radio. En revanche, l’origine du méridional se détecte immédiatement à l’audio. Mais Harry Roselmack n’a pas obtenu la place qui lui revenait puisque après avoir été remplaçant, TF1 lui a préféré quelqu’un plus proche de l’Elysée. En fait, nous avons d’énormes progrès à faire, peut-être parce que nous n’avons pas connu le fascisme aussi longtemps que certains pays. Je pense à l’Espagne : quand je vois sur TV3 des gens qui s’expriment en catalan ou en castillan et que c’est naturel, je me dis que nous n’avons pas appris à redécouvrir une démocratie car nous pensions ne pas l’avoir perdue, mais en réalité sous couvert de démocratie il y a des iniquités.
L’accent du Sud de la France sera mort dans 20, 30 ans ?
Oh non ! Je ne pense pas que l’accent du Sud soit condamné, au contraire ! Pourquoi dites-vous ça ? Bon, c’est vrai, l’accent s’uniformise, mais même l’accent parisien a évolué, les Marseillais parlent presque avec l’accent pied-noir et les banlieusards ont pris un accent quasiment maghrébin. Mais je ne vois pas l’accent méridional condamné. Nous représentons la moitié de la France et on ne va pas nous bouffer comme ça, même avec des enseignants qui ont l’accent global du Nord.
Bon dia, bravo monsieur estève Valls pour votre article sur serge Llado. Très juste. klo
Bravo Serge pour ta défense de l'accent du sud et des catalans, que je suis et fier de l'être. J’ai 57 ans et comme toi je suis Musicien né à Perpignan, mais nous nous sommes jamais rencontrés, par contre j'ai souvent parlé de toi avec des collègues de la région qui ont travaillé avec toi. Continues à faire ce beau métier malgré les aléas que tu connais (et avec ton bel accent). Ne pas oublier que de très grands artistes (FERNADEL,RAIMU... et tant d'autre comme toi, ont réussi... Lire la suite
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