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Situé à une demi-heure en voiture de Perpignan, à flanc des Corbières et pour tout dire juste derrière le village de Cases-de-Pène, le Château de Jau est la propriété de la famille Dauré, qui y fait prospérer ses vignes et par là même ses vins. Outre la gastronomie dans un restaurant ombragé par un platane mûrier quatre fois centenaire, le plus vieux du monde et planté là à l’époque où on a commencé à produire de la soie, il y a aussi de l’art. Depuis 1977, une programmation d’expositions d’artistes de réputation internationale est mise en place tous les étés, de mi-juin à fin septembre. Cette année, le défi à encore été relevé par Sophie Tourneur-Phéline qui à la double casquette de sommelier et commissaire d’exposition, dans le cadre de l'ensemble intitulé « La dégelée belais », constitué de 30 expositions d’art contemporain dans la région Languedoc et en Roussillon, dont « Trinch » à Jau. Dans les anciens chaix où nichent les chauves-souris, jusqu'au 30 septembre, elle nous suggère un florilège d’artistes pour illustrer son propos : Johan Creten, Gustave Doré, Erik Dietman, Laurent Duthion, Richard Fauguet, Le Gentil Garçon, Natacha Lesueur, Jonathan Monk, Thiérry Mouillé, Delphine Reist… Tous peuplent l’espace des différentes matérialisations de la dive bouteille. Car ce n’est pas rien que de parler du vin, vilipendé par des lobbys infantilisants, rangé avec les alcools de sciure, de ceux qui rendent les clients aveugles et mettent les femmes enceintes à l’insu de leur plein gré : le vin, celui qui fut le cheval de bataille de Dyonisos, la transsubstantiation du Christ, la force des armées et des nations, n’est plus que l’ombre de lui-même, tout juste assujetti au rang d’idiot du village. Oublié le « fait ce que voudra parce que gens sont libres » que met en bouche Rabelais, au frère Jean des Entomeurs dans l’épisode de l’abbaye de Thélème. « Trinch », c’est un « aux armes citoyens » du gosier pour relancer l’économie du pays. Et vous, buveurs et lecteurs, ne faiblissez pas dans l’effort patriotique et venez admirer le piano aux marteaux briseurs de verres, la trompe soufflée avec ses débris, les dessins muraux, les rideaux dégoulinants de vins qui font choir les chauves-souris, les tableaux de bacchanales, les portes loupées qui donnent de l’ivresse au regard, et bien plus encore ! Voir cette expo est un acte militant inscrit dans la lignée de la révolte viticole de 1907, et, pour reprendre le slogan de l’affiche du producteur banyulenc Pierre Parcé : « Sous les pavés, les vignes ».
« La dégelée Rabelais », exposition « Trinch » au Château de Jau, Catalogne Nord, du 28 juin au 30 septembre 2008.
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