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A près de 75 ans, Claude Massé a su prouver qu’il était davantage que le fils de Ludovic, son père écrivain disparu en 1982. Artiste prolifique, il n’a cessé de produire, que ce soit dans le travail du liège du Vallespir, ou dans ses collages. De nombreux ouvrages lui ont été consacrés, un DVD est en passe de ressortir, des sites Internet, des expositions sont célébrées dans le monde entier, pour autant l’homme se montre peu en pays catalan. C’est pourquoi son exposition du 1er au 28 août à la Maison du patrimoine « Françoise Claustre » à Céret est une opportunité à ne pas manquer.
La Clau : Pourquoi exposer à Céret quand vous avez par deux fois refusé d’exposer à Perpignan ?
Claude Massé : Céret est mon village natal, je suis touché d’aller dans ce lieu qui m’est cher, et qui est mon sang ! J’expose pour une raison bien simple, c’est un petit lieu. Et ça m’intéresse de montrer mon travail au milieu d’autres choses. J’ai une envie boulimique des choses qui y sont présentées. Ce serait des squelettes, ce m’intéresserait encore plus. J’ai dit oui au directeur Gilles Peyre, qui m’en a fait la proposition à travers Marc Fourquet (peintre cérétan - ndlr). Pour cette exposition, on a dégagé quelques murs, bien que les pièces du musée restent en place, et j’ai mis une trentaine de lièges, plus une vitrine avec une vingtaine de collages et quelques livres récents. Ces lièges sont sous deux formes. Il y a cette série de 250 Christs. On essaie de me fait dire que ce sont des « Patots » (« poupons » en catalan, ndlr) Pourquoi pas, je n’ai rien contre. Bien que j’aie un côté non croyant.
Depuis une trentaine d’années, les « Patots » sont des personnages de liège issus de votre création. Quelle idée !
Les « patots », quand j’étais enfant, c’était des poupées faites « avec rien », des poupées de chiffons, « la patota », c’est la poupée. Et puis je me suis aperçu qu’au Sud, ils le prenaient mal. Beaucoup plus tard, je me suis renseigné et il se trouve que le mot « patot » au Sud signifie « le moins que rien », « le tricheur ». En Catalogne du Sud, notamment à Palafrugell, on m’a posé beaucoup de questions là-dessus. Mais pour ces objets, ainsi que leur créateur, j’assume totalement le nom : donc, je suis le tricheur…
Revenons aux Christs de liège exposés... Avec le temps, vous entrez lentement en religion ?
Je suis parti d’un livre, « Les 13 trajectoires du Christ » que j’avais lu il y a quelques années. Je l’ai relu au mois de janvier et j’ai eu une espèce de choc qui en même temps était en opposition avec ce que je peux aimer, puisque le problème de l’église m’a toujours intéressé, bien que « plutôt » profane. Mais tout ce qui touche l’église, l’architecture, les tableaux etc, je fais la distinction. Ce qui est de l’ordre du clérical, je le bannis. Cela faisait quatre ans que je n’avais pas touché le liège pour la raison essentielle que, physiquement je souffrais énormément. Je me suis mis à le retravailler et m’est tombé ce thème de la croix, pour des raisons essentielles : le problème de la croix, c’est le problème de la vie et la mort.
Exposition Claude Massé à Céret, Catalogne Nord, Maison du patrimoine « Françoise Claustre », du 1er au 28 août 2008.
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